La gale de Boue

LA GALE DE BOUE

Bien qu’elle ne porte pas de nom médical adapté, la gale de boue est une pathologie bien définie que peuvent développer de nombreux chevaux, qu’ils vivent au pré ou dans un box.

Si la véritable gale était autrefois une maladie très contagieuse due à un parasite, que le cheval pouvait développer au niveau de ses crins (gale psoroptique), de son corps (gale sarcoptique) ou de ses paturons (gale chorioptique), et qui provoquait de fortes démangeaisons, elle a aujourd’hui presque entièrement disparu.

Le terme de « gale » a alors été repris pour désigner une autre maladie de la peau affectant le pli des paturons : la gale de boue.

Ainsi, la gale de boue est une pathologie du derme et de l’épiderme provoquant des lésions qui se manifestent généralement sous la forme de crevasses.

Ces dernières s’installent souvent dans le pli du paturon mais elles peuvent parfois affecter le boulet et le canon.

Bien qu’elle soit peu dangereuse pour le cheval qui en est atteint, la gale de boue peut se montrer difficile à soigner et  doit être traitée à temps afin d’éviter une surinfection.

Elle garde néanmoins une forme bénigne lorsque les symptômes sont détectés rapidement et qu’elle est bien surveillée.

Contrairement aux croyances populaires, la gale de boue n’est pas contagieuse. En effet, les chevaux qui sont régulièrement en contact vivent souvent dans les mêmes conditions, ce qui permet d’expliquer qu’ils puissent développer la gale de boue de manière simultanée.

Fréquente par temps froid et humide et plus particulièrement en automne et au printemps, la gale de boue peut affecter un cheval à n’importe quel moment de l’année dans les régions humides et pluvieuses.

L’humidité n’est toutefois pas la seule raison de la survenue de la gale de boue qui peut se développer notamment suite à un contact du cheval avec un agent irritant comme la boue ou du sable, suite à une infection bactérienne ou encore par la nature même du cheval qui peut y être prédisposé.

Afin d’éviter au cheval des souffrances inutiles et une mise au repos forcée, il est nécessaire de bien connaitre les causes de l’apparition de la gale de boue pour pouvoir mettre en place des moyens de prévention. Il est également important de reconnaître les symptômes de la maladie pour pouvoir effectuer rapidement les soins nécessaires au cheval atteint.

La gale de boue démarre en général par des irritations le plus souvent au niveau des talons ou du creux du paturon, et peut toucher un seul membre ou plusieurs à la fois. La peau du cheval est alors rose et sensible, et le problème peut facilement passer inaperçu si l’on n’y prend pas garde, ou si les fanons sont longs et abondants. La peau est généralement chaude et douloureuse au niveau du paturon, du boulet ou de la couronne. Une multitude de petites croûtes peuvent apparaitre dans le pli du paturon et sont perceptibles au toucher. Certains chevaux manifesteront une gêne à la palpation, d’autres ne se laisseront pas facilement manipuler. Un léger engorgement du membre et une gêne au déplacement du cheval peuvent également être observés.

Avec le temps et la persistance de conditions extérieures défavorables, ces microlésions vont s’aggraver et évoluer en crevasses, qui deviendront suintantes et purulentes. Les poils tombent. Des croutes épaisses et jaunâtres sont alors visibles dans le pli du paturon, et la peau apparait ulcérée.

A ce stade, le risque de surinfection est important, et la situation doit rapidement être contrôlée pour éviter les lymphangites ou une septicémie (infection généralisée), avec prise en charge vétérinaire et l’administration d’antibiotiques.

Les sols détrempés par les pluies, les zones de piétinement boueuses, mais également les douches à répétitions sans séchage soigneux des membres du cheval (surtout si les fanons sont longs) créent un environnement favorable à la gale de boue. Au contact prolongé de l’eau, la peau se fragilise et s’altère progressivement avec la macération: il n’y a qu’à voir vos doigts après un long bain, ou vos orteils après des heures dans des chaussettes humides pour le constater (et encore, vous n’y passez pas des journées entières ! )

Au fil du temps, des microlésions vont se former et prendre l’aspect d’irritations et microcoupures. C’est là qu’intervient Dermatophilus congolensis, une bactérie commensale (qui vit normalement sur la peau du cheval) qui devient particulièrement virulente en conditions humides, et qui est à l’origine de la fameuse dermatophilose. Profitant de la peau altérée, elle va se multiplier et proliférer au niveau des zones atteintes (membres, paturon, mais d’autres zones du corps peuvent également être touchées) et aggraver la situation.

Une litière insuffisamment entretenue peut également être à l’origine d’une gale de boue : l’urine et l’humidité ambiante favorisent la macération de la peau. De plus, sous l’effet de la chaleur et des fermentations bactériennes qui ont lieu dans la litière, l’urine se décompose et produit des vapeurs d’ammoniac particulièrement irritantes qui accentuent la fragilisation de l’épiderme du cheval et aggravent l’évolution des microlésions. Les bactéries présentes en grand nombre dans la litière représentent alors un risque important de surinfection.

L’humidité n’est pas la seule en cause : le sable, par son pouvoir abrasif, peut également provoquer des irritations au niveau des pâturons. Piégés dans les poils ou au contact direct de la peau, le sable va provoquer des lésions de l’épiderme du cheval par frottements répétitifs lorsque celui-ci se déplace. Cette situation est fortement aggravée en cas de port de protections (protèges-boulets, bandages). Veillez à bien supprimer le sable par un nettoyage soigneux après le travail en carrière ou une balade à la plage, et avant d’équiper votre cheval de matériel de protection des membres.

Les réactions de photosensibilisation sont plus fréquentes au printemps-été, lorsque l’ensoleillement est suffisant, et touchent plus particulièrement les membres du cheval dotés de balzanes ou les robes à peau dépigmentées (cremello, appaloosa, paint-horse et autres robes pies).

Ces réactions résultent de l’interaction des UV avec des substances particulières qui se retrouve sur la peau. Sous l’action des UV, ces substances vont se transformer en substances irritantes ou allergisantes qui vont altérer l’épiderme et provoquer les symptômes d’une gale de boue, avec les mêmes conséquences. La substance responsable peut y avoir été déposée par application d’un produit incompatible avec une exposition au soleil (huiles essentielles, anti-inflammatoires ..), par contact direct avec une plante photosensibilisante (millepertuis, bouton d’or, ombellifères..) ou suite à son ingestion (millepertuis), ou encore dans le cadre d’un mauvais fonctionnement du foie qui ne filtre plus certaines toxines qui se retrouvent alors au niveau de la peau (phylloérythrine produit à partir de la chlorophylle des plantes ingérées).

Mais sans aller jusqu’à la photosensibilisation, un simple coup de soleil peut suffisamment fragiliser l’épiderme du cheval et le rendre plus sensible au développement d’une gale de boue. La rosée du matin, les pluies intermittentes, la poussière, une litière souillée sont alors autant d’éléments qui peuvent favoriser le développement d’une gale de boue.

Dans tous les cas, il est important d’identifier la cause du problème et de limiter l’exposition du cheval à celle-ci. Plus une gale de boue est prise en charge rapidement, plus elle sera facile à résoudre et permettra d’éviter les problèmes de surinfection.

Dans les premiers stades de la gale de boue, lorsque la peau du cheval est simplement irritée, avec éventuellement de petites croutes bien individualisées, lavez la zone à l’eau tiède, sans frotter. Ceci permettra d’éliminer la boue, les poussières ou le sable qui entretiendraient le problème et risqueraient de contaminer les microlésions. Si les croutes se détachent d’elle-même, vous pouvez les enlever. Dans le cas contraire, n’insistez pas, vous risqueriez de former de nouvelles plaies et de retarder la cicatrisation.

Il est essentiel de toujours bien sécher la zone irritée après les soins, en tamponnant délicatement avec un linge propre et sec.

Une fois le membre séché, appliquez un produit apaisant et adapté à la physiologie cutanée du cheval. Il permettra de protéger la peau, de l’hydrater et d’accélérer sa restauration.

Dans les stades les plus avancés, avec présence de crevasses, croutes épaisses ou ulcérations de la peau du cheval, un nettoyage en douceur à l’aide d’un savon antiseptique est nécessaire pour désinfecter les plaies et bien éliminer tout corps étranger. Les lésions de type crevasses au niveau du pli du paturon sont longues à cicatriser, les mouvements du cheval ayant pour effet d’écarter les bords de la crevasse.

N’arrachez jamais les croutes. Les croutes ramollies en excès se détacheront d’elles-même lors du nettoyage. Rincez et séchez soigneusement et délicatement. Appliquez ensuite une pommade grasse cicatrisante en couche épaisse. Le mélange vaseline, fleur de soufre, tégarome (mélange d’huiles essentielles cicatrisantes) est bien adapté.

Mais la meilleure façon de gérer la gale de boue, c’est encore de l’éviter par des mesures préventives adaptées !

  • Eviter au maximum les zones de piétinement et l’accumulation d’eau stagnante autour des points stratégiques comme les râteliers et les abreuvoirs.
  • Evitez de couper ou de tondre les fanons en prévention, ces derniers permettent de canaliser les écoulements d’eau et évitent son accumulation dans le creux du paturon.
  • Curer quotidiennementles box en éliminant la litière sale et le gâteau.
  • Rincez soigneusement et régulièrement les membres couverts de boue ou de sable: cela permettra d’éliminer les résidus abrasifs et de contrôler régulièrement l’état de l’épiderme. Veillez à bien les sécher les membres du cheval et les pâturons en particulier avec un linge propre et sec.
  • Vérifiez l’absence de boue ou de sable avant d’équiper votre cheval de protections

Anne Crepeau